Quelques jours de résidence à la maison de la Poésie d’Amay, c’est un bureau calme, la vue sur sa collégiale ancrée, fidèle, une piste de Tiers paysages jusqu’à l’ancienne gravière, son lac monté des eaux mosanes, la crainte de ne pas trouver de friche où asseoir le public absoute par la vision d’un érable qui me fait découvrir un minuscule passage vers la friche idéale, magnifique, en totale liberté, où les herbes hautes ont appelé les graminées puis le cornouiller, l’aubépine, le frêne, où le guide-nature amoureux de la friche m’avertit ne vous inquiétez pas je suis aussi un policier – il pense bien que mon érable n’est pas un sycomore mais un plane – sa compagne écrit aussi, ils viendront samedi.
A Amay, c’est se sentir comme à la maison, sans nulle autre contrainte que de laisser son imagination courir, grâce à la présence discrète, bienveillante de David, son chef d’orchestre, Cathy, Arlette, Juliette, Michael, avec qui on prépare. Amay, c’est apprendre un nouveau mot : les thiers, les coteaux à gravir, pour écrire avec vue, changer les échelles et sentir son corps vivre.
Le soir à Amay, les oiseaux migrateurs s’alignent à l’atmosphère, les artistes peintres adorent leur story, je rentre et parle avec la fabuleuse Françoise, animatrice d’ateliers de peinture pour un centre psychiatrique, qui me raconte l’histoire de chaque toile, du chemin pour y arriver, et le surlendemain, le soir aussi, elle fait des livres de papiers, apprend les reliures, la biologiste Carole me montre ses reliures sur ruban, ses reliures criss-cross, c’est tellement beau qu’elle n’ose pas écrire dedans, alors je monte et j’écris la friche de la gravière.